1 Corinthiens 13 : La voie par excellence…

Prédication du dimanche 22 octobre 2023. Pasteur Jean-Marc Donnat. Temple réformé évangélique de St Jean de Maruejols.

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Lecture biblique : ( 1 Corinthiens 12 : 27- 1Corinthien 14 :1)

Vous êtes le corps de Christ et vous êtes ses membres, chacun pour sa part. Dieu
a établi dans l’Eglise premièrement des apôtres, deuxièmement des prophètes,
troisièmement des enseignants, ensuite viennent les miracles, puis les dons de
guérisons, les aptitudes à secourir, à diriger, à parler diverses langues. Tous
sont-ils apôtres ? Tous sont-ils prophètes ? Tous sont-ils enseignants ? Tous
font-ils des miracles ? Tous ont-ils des dons de guérisons ? Tous parlent-ils en
langues ? Tous interprètent-ils ?
Aspirez aux dons les meilleurs. Je vais encore vous montrer la voie par
excellence.


Si je parle les langues des hommes, et même celles des anges, mais que je n’ai
pas l’amour, je suis un cuivre qui résonne ou une cymbale qui retentit. Si j’ai le
don de prophétie, la compréhension de tous les mystères et toute la
connaissance, si j’ai même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes, mais
que je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. Et si je distribue tous mes biens aux
pauvres, si même je livre mon corps aux flammes, mais que je n’ai pas l’amour,
cela ne me sert à rien.
L’amour est patient, il est plein de bonté ; l’amour n’est pas envieux ; l’amour ne
se vante pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de malhonnête, il ne

cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il ne soupçonne pas le mal, il ne se
réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité ; il pardonne tout, il croit
tout, il espère tout, il supporte tout.
L’amour ne meurt jamais. Les prophéties disparaîtront, les langues cesseront, la
connaissance disparaîtra. En effet, nous connaissons partiellement et nous
prophétisons partiellement, mais quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est
partiel disparaîtra. Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je
pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; lorsque je suis
devenu un homme, j’ai mis fin à ce qui était de l’enfant. Aujourd’hui nous
voyons au moyen d’un miroir, de manière peu claire, mais alors nous verrons
face à face ; aujourd’hui je connais partiellement, mais alors je connaîtrai
complètement, tout comme j’ai été connu.
Maintenant donc ces trois choses restent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais la
plus grande des trois, c’est l’amour.


Recherchez l’amour. Aspirez aussi aux dons spirituels, mais surtout à la
prophétie…

Y voir clair… Pour vous, cela paraît peut-être naturel, mais pour moi qui suis
myope et astigmate, atteint d’une déformation congénitale de la cornée
appelée « Kératocône », c’est un combat permanent. Matériellement, mes
lunettes sont mon bien le plus précieux. Ophtalmos, optométristes et opticiens
sont des gens très capables et au bout du compte je ne me plains pas, ma
situation bien qu’imparfaite, est plutôt confortable.
C’est en tous cas ce que je crois… Parce qu’en fait, le problème de ceux qui ont
une mauvaise vue c’est que s’ils savent avec certitude qu’ils ne voient pas bien,
ils ne savent pas à quel point ils sont déficients, ils ne savent pas ce que c’est
que de bien y voir. Il faut que quelqu’un le leur dise.

C’est ce que Paul fait pour nous, chrétiens, ce matin :
« Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un miroir, de manière peu claire… »
En ce qui concerne la vie chrétienne, nous sommes mal voyants… Notre vision
est déformée comme ce que nous pouvons percevoir à l’aide d’un mauvais
miroir ; Si nous ne savons plus ce qu’est un miroir de métal poli, nous avons
tous eu à faire à de vieux réflecteurs dont le tain se désagrège… Trouble,
déformé.
Nous voulons tellement y voir clair, y voir de plus en plus clair ! C’est un peu
aussi la raison de notre présence ici ce matin. Y voir clair.
Cela semble logique, naturel, imparable : Y voir clair pour suivre la bonne voie,
la voie par excellence.
Paul semble avoir des doutes quant à cette logique. Plutôt que de nous focaliser
sur cette recherche de choses précises et nettes, dont il nous informe qu’elle
est vaine sur cette terre, il nous propose trois autres moyens de « guidage ».
Non pas comme des substituts, non pas comme des compléments, juste des
éléments qui tous ensembles feront la vie terrestre d’un chrétien en route vers
l’éternité.

Les corinthiens voulaient savoir pour y voir clair, ils s’interrogeaient sur les
meilleurs moyens d’accéder à cette connaissance. Pour cela ne convient-il que
de se fier à ceux qui sont apôtres ? Peut-on leur adjoindre ceux qui sont
prophètes ? Ceux qui se disent enseignants ?… Et puisqu’il s’agit de toucher à
des choses qui nous dépassent, des moyens encore plus « extraordinaires » ne
sont-ils pas à rechercher, ? Parler en des langues étranges présumées être
marquées du sceau de l’Esprit. Pour baliser et authentifier, ce chemin tous les
signes ont de l’importance : miracles, guérisons… En plus ils paraissent être une
thérapie contre l’injustice et le mal.
Paul ne disqualifie pas cette recherche de la connaissance et des certitudes.
Juste, Il appelle ou rappelle un sens des priorités, il propose une hiérarchie : en
premier les apôtres, ensuite les prophètes, les enseignants, les thaumaturges,
les guérisseurs, les secouristes, les cadres et enfin les glossolales. Des dons
divers et non universellement répartis.

Tout cela ne suffit pas à faire une vie chrétienne.
Puisqu’il en est à proposer des priorités, Paul interrompt son développement
pour rappeler la priorité des priorités : L’Amour. L’amour non seulement est
avant tout, mais en plus il est la condition de tout le reste, de tout ce qui suit.
Non seulement l’amour doit authentifier tous nos gestes mais en plus il est la
seule chose qui peut rendre notre message supportable par le monde. La foi
chrétienne est porteuse de l’incroyable violence d’un jugement terrible et sans
appel, seul l’amour, toujours premier, véritablement vécu, inlassablement
proposé, peut rendre nos convictions acceptables. A défaut nous ne pouvons
être considérés que comme les Fouquier-Tinville d’un tribunal sans légitimité.

Ainsi est fondée la « voie par excellence » que Paul nous propose. Bien souvent,
repus avant d’avoir mangé, on s’arrête là. Ce n’est pas juste. Nous ne sommes
rendus qu’au milieu de ce fabuleux chapitre de la Parole qu’est 1 Corinthiens
13.
Comme un ouvreur impeccable dans un match de la coupe du monde de rugby,
l’amour est flanqué de deux ailiers : la foi et l’espérance. Ces trois sont d’une
nature particulière : ils demeurent.
A quoi ces trois choses doivent-elles leur persistance ? Par opposition à la
connaissance dont il nous est dit qu’elle disparaîtra, on déduit que ces choses
ne sont pas partielles. Elles demeurent parce qu’à leur sujet nous ne relevons
plus de l’enfance.
Ici les choses deviennent un peu nébuleuses et une image, un parallèle seraient
bienvenus, utilisons la similitude que Paul nous propose.
L’enfance est le temps de tous les apprentissages. En premier nous apprenons,
la continence, nous apprenons à marcher, à parler. Ensuite viendra
l’enseignement de la lecture, de l’écriture, du calcul… Sans y penser, ce même
enfant devenu adulte, marche plus ou moins vite mais il marche, il parle de
façon élégante ou grasse, mais il parle, il lit les panneaux indicateurs, il écrit un
mot à l’ami absent, il vérifie sa note de supermarché. Ce qu’il a appris, est
devenu sa vie.

Quand elle est consciente la transition entre les deux états est parfois source
d’étonnement. Ce fut mon cas quand en terminale, les cours de français ont
cessé. Douze ans de calvaire s’achevaient comme ça, sans cérémonie, avec juste
la sanction d’une note moyenne mais inespérée. Il était convenu que je savais le
français et depuis, je fais avec et vous qui m’écoutez aussi…
C’est à une distinction de ce type que Paul nous invite en ce qui concerne les
éléments constitutifs de la « voie par excellence ».
Paul s’adresse à des « hommes » par opposition à l’état d’enfance. Le mot
employé renvoie à la notion d’adulte. Paul parle d’amour, de foi, d’espérance à
des adultes. Il parle longuement de l’amour, mais son développement n’est pas
une, loi, une consigne ou une recette, juste une évocation, une description qui
établit la dimension extraordinaire de cette « chose ». L’amour est, ou, l’amour
n’est pas, en aucun cas il ne suggère : pour aimer faites ceci ou faites cela. Paul
décrit l’amour à des individus qui savent ce dont il parle : ils ne sont plus des
enfants, ils sont des adultes, ils aiment. Ils aiment sans y penser, sans y faire
attention, cette description leur rappelle le contenu de leur comportement
ordinaire. Paul ne leur montre pas l’amour, il leur montre combien il est
nécessaire et grand d’aimer. Pour les deux choses collatérales à l’amour, la foi et
l’espérance, il ne se donne même pas cette peine. Juste : « Maintenant ces trois
choses demeurent, la foi, l’espérance et l’amour… ». Ces individus adultes
auxquels il s’adresse ne sont plus des enfants. Ils marchent, ils parlent, ils
aiment, ils croient et ils espèrent. Peut-être, sûrement, ils ne font pas cela à la
perfection, mais ils le font car ils sont vivants de la vie abondante que donne
Jésus-Christ, et que ces choses demeurent.
Parfois, il peut y avoir des accidents, on peut se casser une jambe et ensuite le
kiné doit nous apprendre à remarcher. Mais ce n’est qu’un accident, nous
restons qualifiés pour la marche. Ainsi en est-il de l’amour, de la foi et de
l’espérance. Il peut y avoir des accidents ou des maladies, mais nous restons
des adultes capables.
Ces trois choses demeurent, elles font notre vie de chrétien, elles existent
comme notre respiration ou notre aptitude à marcher ou conduire ou nager, ou
faire du vélo… Elles existent et avec elle, par elle, nous sommes le sel de la
terre, la lumière du monde.

Ces trois choses sont le socle de tout le reste mais il y a plus. Il y a une autre
chose nécessaire, une chose inaccessible et que l’on doit pourtant chercher à
atteindre tout en sachant que nous n’y accéderons jamais. Quelque chose
d’assez ressemblant au mythe de Sisyphe. Une quête, qui n’aura pas
d’aboutissement et qui pourtant vous a conduit ici ce matin. Le miroir que nous
contemplons est flou et il le restera, faut-il cesser de le scruter pour autant ?
Quand la mise au point sera parfaite quand enfin nous y verrons clair, c’est que
nous serons au ciel. Alors nous n’aurons plus besoin de miroir, nous verrons en
direct.
Ce que nous attendons, c’est ce face à face direct, sans reflet, sans ombre, sans
distorsion. En attendant il y a la connaissance.
Connaître… Encore une fois, la richesse sémantique de la langue grecque nous
oblige à une analyse un peu lourde. C’est dommage. Paul écrit des choses qui
en grec sont fluides et riches de sens. Notre langue ne permet pas une
traduction fidèle et nous oblige à des acrobaties explicatives. Pour faire une
caricature, c’est un peu comme quelqu’un qui vous raconte une bonne blague
que vous ne comprenez pas et que l’on est obligé ensuite de vous expliquer.
Mais voila il n’y a pas d’autre moyen d’enlever le flou, alors allons-y.
Le verbe grec employé trois fois dans le verset douze, « ginosko » parle
d’apprendre à connaître mais avec deux nuances différentes. La première
occurrence, nous parle de « venir » à la connaissance. Les deux suivantes
rajoutent le préfixe « épi », « epiginosko », le sens n’est plus le même.
Maintenant cela devient : devenir complètement familier avec …
Paul nous dit que nous venons à la connaissance mais que tant que nous
regarderons Dieu au travers du mauvais miroir de notre nature humaine,
charnelle, nous ne pourrons jamais devenir familier avec ce qu’il est vraiment.
Du fait de ce flou persistant, nous n’avons d’autre choix que de nous obstiner à
scruter, nous sommes définitivement ces myopes qui plissent les yeux et le
front pour essayer d’y voir un peu mieux. C’est astreignant et pénible mais nous
n’avons pas d’autre choix.
Voila pour une explication un peu laborieuse qui est en elle-même une
démonstration de notre difficulté à y voir clair…

Concernant la voie par excellence que nous propose Paul, y voyons-nous plus
clair maintenant ? Pouvons-nous tenter de conclure ?
Dans le genre des évocations paradoxales auxquelles nous contraint notre
miroir imparfait, il me semble utile de convoquer maintenant un chef d’œuvre
de la littérature française : les trois mousquetaires ! Tout le monde sait que ces
trois mousquetaires étaient quatre. Nous en sommes là en ce qui concerne la
voie par excellence.
Aux trois, Athos, Portos et Aramis, se rajoute d’Artagnan qui de fait n’est pas
mousquetaire. Ainsi va l’histoire.
Aux trois choses qui demeurent, la foi l’espérance et l’amour se rajoute cette
chose imparfaite qu’est notre connaissance ; cette chose en attente de
complétude et qui un jour se fondra dans notre contemplation directe de Dieu
et de notre Seigneur Jésus-Christ.
Paul relève que les moyens de perfectionner cette connaissance de notre Dieu
sont divers et empreints de puissance, de la puissance de l’Esprit. Ils sont de
natures diverses et peuvent être classés. Aucun n’est pérenne, sans que les
limites de cette pérennité ne soient exactement précisées, toujours
l’imperfection de ce miroir au travers duquel nous voyons…
L’apostolat, la prophétie, l’enseignement, les miracles, les guérisons, le secours,
le leadership, les langues ou glossolalies…
Remarquons combien ces moyens de connaître Dieu sont empreints de
compassion et d’amour. Tout particulièrement les guérisons et les miracles. Ils
sont des piliers de l’Evangile de Jésus-Christ.
La connaissance, connaissance de Dieu, est donc l’un des éléments de cette
voie par excellence que nous propose l’apôtre. C’est un élément caractérisé par
le labeur et l’imperfection, il n’en est pas de même des trois autres : la foi,
l’espérance et l’amour. Ces trois choses sont porteuses des gestes « ordinaires »
de notre vie en Christ. Nous aimons bien ou pas, mais nous aimons. Nous
croyons pleinement ou pas, mais nous croyons. Nous espérons fermement ou
pas, mais nous espérons. Il y a toujours à progresser, mais le perfectionnement
se fera par la pratique.

Pour résumer, la voie par excellence ce sont ces trois choses qui sont quatre. La
connaissance imparfaite et passagère, la foi, l’espérance et l’amour qui elles
sont durables. L’amour étant le socle sur lequel tout se construit.
Comme toute fin de cette prédication, je vous propose un « remix » du texte
que nous avons lu :
Vous êtes le corps de Christ et vous êtes ses membres, chacun pour sa part.
Aspirez aux dons les meilleurs. Je vais … vous montrer la voie par excellence.
Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un
enfant, je raisonnais comme un enfant ; lorsque je suis devenu un homme, j’ai
mis fin à ce qui était de l’enfant. Aujourd’hui nous voyons au moyen d’un
miroir, de manière peu claire, mais alors nous verrons face à face ;
aujourd’hui je connais partiellement, mais alors je connaîtrai complètement,
tout comme j’ai été connu.
Maintenant donc ces trois choses restent : la foi, l’espérance, l’amour ; mais la
plus grande des trois, c’est l’amour.
Si je parle les langues des hommes, et même celles des anges, mais que je n’ai
pas l’amour, je suis un cuivre qui résonne ou une cymbale qui retentit. Si j’ai le
don de prophétie, la compréhension de tous les mystères et toute la
connaissance, si j’ai même toute la foi jusqu’à transporter des montagnes,
mais que je n’ai pas l’amour, je ne suis rien. Et si je distribue tous mes biens
aux pauvres, si même je livre mon corps aux flammes, mais que je n’ai pas
l’amour, cela ne me sert à rien. L’amour ne meurt jamais. Les prophéties
disparaîtront, les langues cesseront, la connaissance disparaîtra. En effet,
nous connaissons partiellement et nous prophétisons partiellement, mais
quand ce qui est parfait sera venu, ce qui est partiel disparaîtra.
Recherchez l’amour.


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