Psaumes 91 : Comme un poussin

Prédication par Jean-Paul Pascal, temple de St Jean de Maruejols. Dimanche 16 Juillet 2023.

Lectures :
Deutéronome 4 – 32 à 40
Psaume 91 – 1 à 4
Romains 8 – 12 à 20

On croit que c’est de tout repos la vie d’un poussin dans une basse-cour ! Il suffit
de suivre sa mère, de bien la regarder faire pour savoir comment on picore un
grain de blé, commen t on gratte la paille pour débusquer les petits insectes,
comment on tire sur un ver de terre pour le faire sortir de son trou. On dort au
soleil en écoutant pousser ses plumes. Quand la nuit tombe, on se pelotonne
sous ses ailes de la poule pour se mettre à l’abri, bref, c’est la belle vie, et je suis
bien certain que nombre d’entre nous, s’ils pouvaient être transformés d’un coup
de baguette magique en poussins duveteux, n’hésiteraient pas une seule
seconde, surtout pour les plus jeunes un jour de contrôle de maths ou un jour de
visite chez la tante Berthe qui a plein de poils qui piquent au menton, ou pour les
plus grands, le lundi matin quand il s’agit de retourner à l’atelier, au bureau ou aux
champs.
Eh bien je peux vous dire, pour l’avoir observé, que tout cela n’est pas vrai ! Les
poussins vivent dangereusement ! Il y a toujours dans un coin un chat qui se
lèche les babines en se demandant quel goût peuvent avoir ces jolies petites
boules jaunes, il y a toujours une poule irascible prête au coup de bec assassin, il
y a toujours, là-haut dans le ciel, une buse qui lorgne sur son futur repas, il y a
toujours le renard, caché dans les hautes herbes, qui attend que l’un de ces petits
imprudents s’éloigne de sa mère, il y a toujours la couleuvre qui passe au travers
du grillage du poulailler, et bien d’autres encore.
Oui, le poussin vit dangereusement, et du coup il a souvent peur. Comme nous !
Et en ce qui nous concerne, ça ne date pas d’hier. Nos lointains ancêtres
préhistoriques avaient peur du moindre phénomène inhabituel, une simple
comète, un orage, une sécheresse prolongée étaient une occasion de frayeur.
Vous avez tous appris, à l’école ou dans Astérix, que nos ancêtres les gaulois
avaient peur que le ciel ne leur tombe sur la tête. Une grande partie de l’histoire
de nos aïeux plus récents montre leur peur des famines, des épidémies et de tout
ce qu’ils ne comprenaient pas. Et aujourd’hui, même si nous disposons
d’explications rationnelles pour un certain nombre de phénomènes que ne
comprenaient pas les femmes et les hommes du temps passé, nous continuons à
avoir peur : du chômage, de la guerre, de la maladie, de la mort, qui nous fait
peur, même à nous chrétiens qui vivons dans l’espérance de la résurrection.
Et la peur engendre des réactions, comme autrefois. Pour empêcher des
catastrophes, on faisait des incantations, on implorait des forces cosmiques, on
offrait des sacrifices. La religion se fondait sur le désir l’apaiser les divinités, en
sorte qu’elles ne fassent pas survenir les évènements que l’on craignait. Le rite

devait apaiser les éléments, conjurer le sort, pour qu’on puisse vivre à peu près
tranquille.
On priait les dieux de l’orage, les protecteurs des voyageurs, les déesses des
moissons de nous mettre à l’abri des évènements néfastes.
Aujourd’hui on envoie chaque année un chèque à Monsieur Groupama, Axa ou
AGF – ne voyez là aucune publicité clandestine – et on est protégé. Ou, moins
cher, mais moins efficace, on croise les doigts, on touche du bois et on évite
surtout de passer sous une échelle en même temps qu’un chat noir.
Au fond, le comportement de nos contemporains n’est pas fondamentalement
différent de celui des hommes primitifs. La même cause produit les mêmes effets.
Il existe une peur latente dans l’insconscient de chacun d’entre nous. La peur est
là, cachée, sous-jacente, mise en réserve, en quelque sorte. Normalement, elle
n’apparaît pas. Mais il suffit qu’un évènement extérieur se déclenche, un
évènement anormal, inattendu, pour que la peur se réveille, monte à la
conscience, envahisse notre pensée, provoque des réactions désordonnées.
Ecoutons ce que nous en dit Paul dans la lettre aux Romains, au chapitre 8, les
versets 14 et 15 : « Tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils de
Dieu. Car l’esprit que vous avez reçu n’est pas un esprit qui vous rendre esclave
et vous remplisse à nouveau de peur, mais c’est l’Esprit Saint qui fait de vous des
fils de Dieu et qui nous permet de crier à Dieu : »Mon Père ! »
« Un esprit qui vous rende esclave et vous remplisse à nouveau de peur ». Parce
que la peur est en effet un esclavage. On se sent soumis, on se croit soumis à
des forces obscures, devant lesquelles nous nous sentons impuissants, tant elles
nous dépassent. Celui qui a peur surmonte difficilement son angoisse. Il en est
prisonnier, il se laisse manoeuvrer par elle parce qu’il ne peut pas faire autrement.
La peur est un maître, nous en sommes les esclaves.
Mais, dit Paul, ce n’est pas cet esprit de peur que nous avons reçu. Nous avons
reçu un autre Esprit, celui de Dieu – qu’on écrit avec une majuscule pour le
distinguer de l’autre. Ce que nous recevons, c’est l’Esprit qui nous témoigne, qui
nous assure que nous sommes enfants de Dieu. Et voilà que, bien loin de la peur,
apparaît en nous la possibilité d’une autre attitude face au monde, une attitude qui
vient de ce que nous savons que nous sommes enfants de Dieu.
A la racine de cette nouveauté, il y a un acte de Dieu qui établit avec nous une
relation privilégiée, celle d’un père avec ses filles et ses fils. Dieu nous accepte. Il
le fait parce qu’il nous aime, il ne veut plus que nous soyons des étrangers pour
lui, mais que nous devenions des membres de sa famille. Nous pouvons l’aimer
en retour et mettre notre confiance en lui.

Et ce geste d’adoption, ce refuge que nous trouvons aiprès de lui « comme un
poussin sous les ailes de sa mère », nous oblige à réviser nos opinions sur Dieu.
Il n’est pas celui qui effraye, qui menace de punir si on n’est pas sage, celui qui
cause des maladies et suscite des guerres. Il n’est pas non plus celui qui nous
envoie des épreuves pour notre bien et pour nous sanctifier. Ce Dieu là est celui
de notre imagination, celui sur qui nous projetons nos peurs.
Ce Dieu là n’est pas celui de l’apôtre Paul, ni celui de Jésus, ni celui d’Israël. Le
Dieu que Paul prêche, dont Jésus nous parle, c’est le Dieu qui nous aime. C’est
celui quise tient proche de nous, qui nous rassure parce qu’il est là. Il joue de rôle
du père ou de la mère auprès de qui l’enfant se réfugie et près de qui sa peur
disparaît. Dieu c’est la présence qui nous sécurise, qui nous donne la paix, qui
nous libère de toute peur.
Il y a eu, bien sur, des théologiens et des prédicateurs pour insister sur un Dieu
gendarme, surveillant pointilleux de tous nos manquements. Mais la Bible nous
parle d’un Dieu qui aime, qui remplit la vie, qui ne nous envoie pas à un esprit
d’asservissement à la peur, mais à un Esprit, (le sien, avec une majuscule) de
paix et d’amour, un Dieu, comme l’écrivait dans une prière il y a quelques années
Marcel Perrier, évêque de Pamiers, « un Dieu passionné de bonheur, vivant
d’esprit d’amour, dynamisant nos cœurs ».
Ce Dieu là nous parle d’un bout à l’autre de la Bible. Les Israëlites le connaissent
déjà. Nous l’avons vu dans le passage du Deutéronome que nous lisions tout à
l’heure. C’est ce Dieu qui vient chercher les Hébreux en Egypte et qui les sauve
de l’extermination, qui les conduit hors d’atteinte de leurs ennemis et qui les
amène dans un pays où ils pourront vivre en sécurité. Il agit ainsi parce qu’il les
aime. C’est le Dieu qui libère de l’angoisse, de la ,peur de l’anéantissement, et qui
donne la paix de sa présence et de sa protection. C’est lui qui invite les Israëlites
à l’aimer.
Dans l’Ancien Testament, on rencontre souvent l’expression « craindre Dieu ». Et
on pourrait croire qu’on doit en avoir peur. Dans l’histoire, les peintres en ont
souvent rajouté une couche, si j’ose dire, en montrant Dieu comme les
grecsmontraient Zeus ou les romains Jupiter : siégeant sur un nuage et jetant sa
foudre sur les humains qui avaient eu le malheur de lui déplaire.
Dans le langage de la Bible, craindre Dieu veut dire, au contraire, l’aimer et avoir
du respect pour lui, un amour et un respect qui s’expriment par une vie accordée
à sa volonté, ce qui ne veut pas dire forcément accordée à la morale ou aux
institutions humaines, églises y compris.
Ce Dieu là, nous le connaissons aussi. C’est celui que le Christ ressuscité
ordonne à ses apôtres d’annoncer jusqu’aux extrémités de la terre. Ce Dieu là,
c’est celui en qui Paul nous invite à croire aujourd’hui, le Dieu de l’absence de
peur, le Dieu de la paix et de l’amour.

Le Dieu dont nous parlons, c’est ce Dieu qui nous aime. Celui qui se tient proche
de nous, qui nous rassure parce qu’il est là, celui qui joue le rôle du père et de la
mère, près de qui l’enfant se réfugie et près de qui sa peur disparaît. Dieu, c’est la
présence qui nous donne la paix, qui nous libère de toute peur, qui nous fait vivre
comme ses enfants, tranquilles et paisibles.
Mais il ne faudrait pas croire pour autant qu’il nous fasse, sur cette terre, échapper
à notre condition humaine ! Les dangers sont toujours là ! Notre foi ne nous
transporte pas dans un monde de bisounours où nous serions à l’abri de tous les
risques. La foi ne nous empêche pas d’être malades ou de mourir. Elle ne nous
met pas à l’abri des vicissitudes de la vie, sinon elle ne serait qu’une croyance
magique du même ordre que celle qui poussait les ancêtres dont je parlais tout à
l’heure à clouer une chouette sur la porte de leur grange pour éloigner le mauvais
œil ! Ce n’est pas une assurance tous risques !
Simplement la foi nous permet d’aborder autrement toutes ces circonstances. Elle
nous apprend d’autres réactions. Nous nous savons entre les mains de Dieu,
nous savons qu’il est avec nous quoi qu’il arrive. Nous pouvons faire face aux
circonstances sans peur, avec calme. Du coup, nous sommes mieux armés pour y
répondre. Nous nous savons entre les mains de Dieu, nous savons qu’il est avec
nous quoi qu’il arrive. Nous pouvons faire face aux circonstances avec une vision
différente.
La relation fondamentale avec Dieu change tout. Le vie sans peur n’est pas
possible : la peur est inscrite dans nos gênes, parce qu’elle est un moyen de
survie de notre espèce. Nous ne pouvons pas nous en débarrasser. Mais ce qui
est possible, en revanche, c’est une vie où la peur est surmontée par l’amour de
Dieu et par la confiance que nous mettons en lui, une vie où nous sommes
rassemblés autour de lui.


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